samedi 24 mai 2014

Japon, 230 No. 233


   La 230 est une locomotive-tender construite à partir de 1903 par la Train Manufacturing Company au Japon. Cette société a été fondée dans le but de développer la production nationale des locomotives à vapeur et la 230 est en fait son tout premier modèle. La dénomination des locomotives étant différente au Japon, le modèle 230 n'est pas une  " Ten wheel " ( 2 essieux porteurs à l'avant, 3 essieux moteurs, en codification européenne ), mais plutôt une 2-4-2 ( un essieu porteur à l'avant, deux essieux moteurs puis un autre essieu porteur à l’arrière, en codification Whyte à l’américaine ).

   Pendant près de 20 ans, cette 230 No. 233 a été utilisée comme locomotive de ligne pour être ensuite transformée en locomotive de manœuvre. A sa réforme, elle a été restaurée dans son état d'origine, elle est maintenant exposée au musée des Transports d'Osaka.











vendredi 16 mai 2014

Voyage sur une Super Pacific en 1911

   A une époque où tout va très vite, où presque tout est automatisé, où le simple fait d'appuyer sur un bouton peut déclencher une procédure complexe, on a beaucoup de mal à imaginer ce que pouvaient endurer quotidiennement les équipes de conduite d'une locomotive à vapeur. Voici donc ce récit à bord d'une Super Pacific en 1911.


Septembre 1911, Gare de Lille, 7h

 

   Après avoir changé de tenue dans un fourgon servant de cabinet de toilette, je découvre enfin " la jument noire " qui va assurer ce trajet Lille-Paris en 2 heures 57 minutes. Pendant quelques minutes, je pousse la pression, la machine prend peu à peu vie et le bruit de l'échappement de vapeur ressemble à la respiration lente d'un monstre d'acier. Le coup de sifflet annonçant le départ, je sens enfin la machine démarrer ...

   Malgré sa charge de plusieurs centaines de tonnes, la locomotive démarre vite. En passant sur les aiguillages à la sortie de la gare, ça secoue rudement ! Les vibrations sont loin d'être absorbées par les ressorts qui ne valent pas ceux des voitures attelées derrière nous. De plus le dandinement occasionné par le va et vient des bielles nous oblige à nous cramponner pour conserver l’équilibre.

   Nous arrivons en rase campagne et notre course continue de plus en plus rapidement. Un coup d’œil sur le tachymètre : 70, 75, puis 80 kilomètres à l'heure ! Le travail dans l'abri est difficile et pénible. Devant la fournaise du foyer qui nous aveugle et nous rôtit, il faut garder l'attention. Les signaux se succèdent rapidement, et il faut vérifier la vitesse, le graissage et surtout le niveau d'eau dans la chaudière. Pendant ce temps le chauffeur ne chôme pas. Sur ce parcours, il enfournera environ 2500 kg de charbon ! 

   On ne s’arrête qu'une minute à Douai, puis à Arras, cependant le chauffeur a tout juste le temps de visiter les bielles. Il vérifie également s'il n'y a pas eu d’échauffement anormal, et remplit les boites à graisses des roues. A Longueau, deux chauffeurs viennent nous aider, car pendant les 3 minutes d’arrêt, nous refaisons le plein d'eau et procédons à un nouveau graissage. Il faut également avancer le charbon du fond du tender vers le foyer, car la machine a déjà englouti plus de 1300 kilos de combustible ! Sans avoir un instant de repos, le coup de sifflet retentit et nous remontons à bord de la locomotive.


   Nous reprenons notre vitesse de croisière et à l’intérieur de l’abri le bruit est infernal. Il est impossible de se parler et c'est par le geste que nous devons nous comprendre. Le roulement sourd de la lourde masse qui glisse sur les rails est additionné au ronflement du foyer ainsi qu'aux chocs des pelletées de charbon. Parfois ce vacarme est entrecoupé par de stridents coups de sifflet. Nous franchissons maintenant Chantilly à 80 kilomètres à l'heure ...

   Paris approche et peu à peu l’atmosphère embrumée de la capitale apparait, la silhouette de la basilique du Sacré-Cœur se dessine au loin. Le chauffeur en profite pour faire un brin de toilette à la locomotive et m'aide à surveiller les très nombreux signaux à l'approche de la gare d'arrivée. 

   9h57, Paris, Gare du Nord, tout le monde descend ... !